Dans le département de Dabou, un crime odieux a été récemment enregistré. La mort d’un élève, égorgé. De fait, nous sommes le 2 janvier 2010 à Ngatty, village de 2000 âmes situé à 3 km de Dabou. Les populations, quelque peu éméchées par le flot d’alcool qui a arrosé les copieux repas de la fête du nouvel an, sombrent encore dans les bras de Morphée. Il est environ 5 h du matin et les rares coqs rescapés de la fête, annoncent fièrement le jour qui ne tardera pas à pointer. Mais cette douceur de l’aube, est brutalement déchirée par des pleurs. C’est mauvais signe. Bientôt, les pleurs sont localisés. Ils proviennent de la cour du vieux Gnagne. Il y gît au sol, un corps sans vie, baignant dans une marre de sang. C’est le corps de Gnagne Essoh Albert, élève en classe de Tle A1 au lycée Tiapani de Dabou. Près du cadavre portant une large ouverture à la gorge, on note la présence d’un couteau de cuisine maculé de sang. Certainement l’arme du crime. Que s’est-il passé pour qu’on en arrive à un tel drame ? Seul, dit-on, Touré Nanclan, 21 ans, peut y répondre. C’est lui l’auteur du crime. Les forces de l’ordre saisies débarquent sur les lieux et l’interpellent. Interrogé, il s’explique sur son acte savamment planifié. A l’en croire, l’élève Gnagne Albert qui est son oncle est, par des pratiques de sorcellerie, à l’origine de ses déboires et de la mort de sa mère survenue en 1998 alors que lui n’était âgé que de 11 ans seulement. De fait, selon lui, sa mésaventure commence en 2004. Il broie véritablement du noir. Et dans la secte qu’il fréquente, il lui est signifié que ses souffrances morales ont une origine mystique. Et pour être plus précis selon ses devins, son oncle Gnagne Albert, élève dans un lycée à Dabou, est à la base de la mort de sa mère et également à l’origine de ses insuccès dans les différentes sollicitations auprès des entreprises. Entreprises où il dépose des demandes d’embauche. Cet état de fait dont il est convaincu, Naclan dit l’avoir porté à la connaissance de leur famille. Mais très vite, il est pris pour un fou et conduit, de ce fait, au centre psychiatrique de Bingerville. A sa sortie de ce lieu, il décide de s’établir à Abidjan. Et pour gagner sa vie, il s’adonne à quelques petits métiers. Mais là encore, c’est la véritable traversée du désert. Las de tourner en rond dans la capitale économique, Touré Nanclan se résout malgré lui, à regagner son village natal à N’gantty où il espère se refaire une santé financière auprès de ses parents pêcheurs. En juin 2009, le voilà donc au village. Mais une fois dans cette localité, Touré Nanclan dit être désormais en guerre perpétuelle avec son jeune oncle qu’il accuse de sorcellerie. « Depuis mon arrivée au village, il se joue de mon âme et me maltraite. Il m’a signifié dans un songe qu’il est à la base de l’impasse que je traverse en ce moment et qu’il me sera impossible de m’en défaire. » Avance-t-il. Ce prétendu songe sonne donc dans son esprit, comme un affront qu’il doit laver...dans le sang. Ainsi, dans la nuit du 1er au 2 janvier dernier, période de son anniversaire, Touré Nanclan décide de passer à l’acte. Odieuse mise à mort Avant d’aller se coucher dans la chambre qu’il partage d’ailleurs avec son oncle Gnagne Albert sa cible, il s’empare discrètement du couteau de cuisine qu’il avait déjà pris soin d’aiguiser. Il vient ensuite s’allonger près de son oncle pris déjà d’un profond sommeil en raison de la fatigue de la fête. De toutes les façons, il a tout intérêt à se reposer. Vu que le matin, il doit regagner la ville de Dabou pour la rentrée scolaire. Son neveu lui, ne ferme point l’œil. A 4h du matin, Nanclan perçoit parfaitement les ronflements de son oncle. Signe que le sommeil de ce dernier, est profond. C’est le moment propice, pour matérialiser la besogne obscure. Nanclan s’empare de son couteau et de toutes ses forces comme il le dira, le plante violemment dans la gorge de son oncle. Albert se réveille brusquement. Dans un instinct de conservation de vie, il tente de se défaire de l’étreinte de l’agresseur. Mais son neveu l’en empêche, en enfonçant davantage le couteau dans sa gorge. Et l’arme va se loger dans la carotide. Le sang gicle. Touré, tel un forcené, s’empare alors d’une machette, pour achever sa victime qui ne tarde pas à rendre l’âme. Les cris de l’instant d’Albert, attirent l’attention d’Akpa Georges le cousin. C’est ce dernier qui réussit à maîtriser l’assassin, avant de le désarmer. « Il m’a fait tant de mal, j’ai voulu ainsi lui faire payer le mal qu’il m’a fait. Il a détruit ma vie », souffle sans regret, Touré Nanclan qui célèbre ainsi son anniversaire, en tuant son oncle. Un crime basé sur des raisons abstraites. Mystère de l’Afrique tout cela. Dans le courant du mois dernier, il faut le noter, le tueur déféré depuis le 11 janvier, purge en ce moment même, une peine préventive, en attendant son procès qui interviendra certainement, dans quelques années.